Le premier jour de ma toute première vraie randonnée coïncidait avec le solstice d’été le mois dernier. Durant une semaine, j’ai exploré la Campanie au sud-ouest de l’Italie, surtout la côte amalfitaine, m’imprégnant du littoral dentelé, de l’immensité de la mer qui se confondait avec le ciel bleu…
On a visité le Vésuve dont l’éruption en 79 de l’ère chrétienne a enseveli Pompéi et d’autres villes et villas romaines sous des cendres volcaniques et des pierres ponces. J’ai appris qu’approximativement un quart de la ville antique de Pompéi reste à exhumer. Que la côte amalfitaine a inspiré de nombreux artistes dont D. H. Lawrence et son œuvre L’Amant de Lady Chatterley et Patricia Higsmith, autrice du Talentueux Mr Ripley, pour n’en citer que deux. Que les noix encore vertes, dans leurs coques duveteuses, ressemblent à des kiwis. J’ai vu un câprier pour la première fois, surprise de découvrir que les câpres poussent sur une plante si belle.
Pas mal pour un début d’été ! Les vues d’une beauté à couper le souffle et l’apprentissage de ces nouvelles connaissances ne sont, cependant, pas ce qui a donné le plus de sens à ce voyage.
Malgré une cheville foulée environ un mois auparavant, j’ai marché sur des chemins rocailleux, sur des sentiers étroits sans barrière le long de hautes falaises et des sentiers de forêt, monté et descendu de grandes marches anciennes, alterné montées et descentes escarpées, mes pieds s’adaptant au terrain changeant. Je n’avais jamais eu besoin de kinésithérapie jusqu’à juste avant ce départ. Les séances m’ont rappelé combien c’est important d’écouter son corps, chacune de ses parties, même les plus petites, de trouver un équilibre entre surprotection et surmenage, entre repos et défis auto-imposés qui dépassent nos capacités.
Le Sentier des Dieux, que j’ai failli laisser passer à cause de mon vertige, me vient à l’esprit. Je suis contente d’avoir vaincu ma peur car cela a fini par être mon aventure préférée du voyage. En même temps, je suis contente d’y être allée à mon rythme. C’était un exercice de pleine conscience : j’étais plongée dans le moment présent, ne pensant qu’à ma main sur le bâton de randonnée, à mon pied, ce mouvement, puis le suivant, me concentrant sur le dos de la personne juste devant et, quand je me sentais en sécurité, contemplant le panorama paisible.
Et je n’étais pas seule. J’ai marché avec un groupe d’inconnus qui, bien évidemment, à la fin du séjour, n’étaient plus des inconnus. Le guide et les autres marcheurs étaient gentils, drôles, encourageants… J’ai le sentiment que, dans presque chaque groupe, quelqu’un endosse naturellement le rôle de la personne qui prend soin des autres, quelqu’un d’autre celui du blagueur qui détend l’atmosphère aux moments opportuns, et ainsi de suite. Mais peut-être que les environnements les plus sains sont ceux où chacun se sent libre de sortir d’un rôle si besoin. Il y avait une certaine harmonie au sein de ce groupe, une disposition à suivre le mouvement, une sorte d’intelligence émotionnelle collective : de la même manière qu’on ne s’arrêtait nulle part très longtemps, on semblait savoir quand donner des paroles d’encouragement et quand laisser de l’espace, quand s’en tenir à des conversations plus légères et quand aborder des sujets profonds.
J’ai aimé partager cette expérience avec d’autres gens. En tant qu’introvertie, j’étais toutefois reconnaissante pour la poignée d’heures de solitude choisie au quotidien. Ma chambre dans un ravissant hôtel familial dans le village de Bomerano était comme un chez-moi compact et temporaire. Dans les lieux de passage, comme les hôtels, les aéroports ou les gares, par exemple, tout le monde est en transit, personne n’est à sa place, et savoir qu’on n’attend pas de nous que nous trouvions notre place, que nous sachions exactement quoi faire et où aller, est réconfortant.* Nous essayons, malgré tout, de faire bonne figure et, seulement à l’abri des regards, dans des cachettes nichées dans les espaces publics, pouvons-nous enlever nos masques.
Petite, sur la banquette arrière, je faisais coucou de la main aux conducteurs derrière nous. Quand la personne faisait un signe de la main en retour, je notais sa plaque pour reconnaître la voiture si nos chemins venaient à se croiser à nouveau, parce que cela signifiait que je m’étais fait un nouvel ami. C’était une phase éphémère, je n’ai jamais relu ces plaques, et bientôt la retenue a remplacé la spontanéité. Est-ce que toutes les histoires sur le passage à l’âge adulte sont des variantes de celle-ci, des histoires sur comment notre peur du monde et des autres grandit, même si on les aime ?
Les animaux sur notre route m’ont apporté de la joie et du soutien émotionnel eux aussi. J’ai vu des papillons de toutes les couleurs, des chèvres parmi les arbres, des chiens, des vaches, des chevaux, et plein de chats. C’était comme s’ils nous encourageaient.
Je les ai photographiés avec le même émerveillement qu’à l’égard des vues spectaculaires et grands monuments car ces derniers seront probablement encore là pendant un bout de temps, tandis que le papillon, qui apparaît de nulle part dans le cadre qu’on convoitait tant et s’attarde un instant, se ressent comme un miracle passager. Si tu étais arrivé quelques secondes plus tard, il serait parti, et tu aurais assisté à une scène complètement différente. C’est ce genre de photos que je préfère prendre et regarder.
Les choses ordinaires imprévues ont tendance à devenir les souvenirs qui me touchent le plus. L’orage soudain et la pluie torrentielle à la fin de notre visite du parc archéologique de Pompéi, la brise bienvenue et les gouttes d’eau salée sur mon visage sur le bateau depuis Capri, cette façon palpable et pourtant insaisissable qu’ont les êtres qui nous manquent de faire ressentir leur absence…
Et, encore une fois, ce sont les petites choses qui sont les plus grandes sources de gratitude, comme être invitée aux excursions improvisées pendant notre temps libre, boire de l’eau durant nos haltes, prendre une douche avant d’enfiler un t-shirt propre après une longue journée passée à suer… Une de mes expressions préférées est « après l’effort, le réconfort ». Non pas que le repos doive être mérité mais, peut-être en raison du contraste immédiat et saisissant, il est vrai qu’après des efforts soutenus on semble apprécier encore plus les récompenses.
La côte amalfitaine est connue pour ses citrons, donc une autre locution à laquelle j’ai pensé durant ce voyage est « quand la vie vous donne des citrons, faites de la citronnade ». Il s’avère qu’on peut aussi faire des délices au citron, des granités, du limoncello, des crèmes glacées… Ce n’est bien sûr pas de citrons que je parle. Nous aussi nous pouvons transformer les situations difficiles de la vie et nous-mêmes de milliers de façons délicieuses. Les bonnes choses ne durent pas, mais les mauvaises non plus : comme l’a écrit Douglas Coupland, « rien de très, très bon et rien de très, très mauvais ne dure très, très longtemps ». Avoir des jours sans, certains jours, est humain. J’avais des jours sans là-bas aussi mais prendre l’air chaque jour faisait qu’aucune journée n’était entièrement ratée. Peu importe notre blessure, cette chose qui nous hante, on y gagne à marcher, à la mettre en mouvement, à laisser les choses et les gens – y compris nous-mêmes – doucement changer de forme.
*cette pensée m’a été inspirée en partie par cette publication du 19 juin 2026 de The School of Life « The Strange Comfort of Lonely Places » (« L’étrange réconfort des lieux solitaires »)

Super partage de ce voyage. Et je ne savais pas qu’il existait des câpriers 😊