L’idée derrière cet article de blog a germé pendant que je rédigeais la partie du post du mois de mai sur le fait de prendre soin de soi et d’être, au fil des années, plus sélectif quant aux choses qui bouffent notre temps. Alors que je structurais ma pensée, j’ai commencé à aborder les notions de silence, de voix, de corporéité, notre rapport à tout cela, et j’ai décidé d’attribuer à ces réflexions leur propre article.
J’ignore si nous devenons plus difficiles quand il s’agit de choisir comment gaspiller notre temps, mais je pense que la perte de temps et le manque de productivité touchent tout le monde et qu’il n’y a pas de mal à cela. J’aimerais avoir moins de jours creux ou vides, mais je reconnais leur valeur et crois que s’évader, par exemple, peut parfois s’avérer aussi nécessaire que de se mettre en avant ou se démener hors de sa zone de confort et peut même se révéler être salvateur.
Les vlogs de routine quotidienne sont un plaisir un peu honteux pour nombre d’entre nous. Ce que je trouve intéressant, c’est qu’ils permettent d’à la fois échapper à notre propre quotidien et l’idéaliser. On jette un œil à la vie de quelqu’un d’autre qui ressemble à une version améliorée de la nôtre : Si sa vie vaut la peine d’être aimée et racontée, peut-être que la mienne aussi. Et pourtant, j’ai tant de mal à regarder ma propre vie en face.
Par ailleurs, il y a quelque chose de réconfortant dans le fait de laisser des sons ou une vidéo nous tenir compagnie, d’écouter une amie virtuelle nous parler d’un ton décontracté. Je souhaiterais, cependant, me refamiliariser avec le silence complet. Ne serait-ce que pour diminuer l’hyperstimulation sensorielle ou mieux entendre mes pensées à moi, j’aimerais réapprendre à dîner sans avoir, sous les yeux ou dans les oreilles, une vidéo de plan de repas sur une journée ou de routine beauté, un tutoriel de maquillage, une nouvelle sortie Netflix ou un vieux film- ou une série-réconfort que je connais par cœur, ou même un épisode de podcast éducatif.
Ces voix ne connaissent pas notre existence après tout et semblent, d’une certaine façon, désincarnées. Comment pourrais-je être plus ‘incarnée’ ? J’apprends encore à cohabiter harmonieusement avec mon corps, avec moi-même – enfin c’est plus comme un emboîtement : on n’est pas à côté de son corps, on est son corps, un corps parfois maltraité, souvent par soi-même. Et puis il nous faut (ré)apprendre à laisser les autres nous regarder et dès lors prendre le risque d’être jugés, désapprouvés, à ne pas avoir peur de ce regard – un risque qu’on n’a pas besoin de prendre avec les ‘amis’ virtuels.
Ce sentiment de gêne par rapport au silence se manifeste dans d’autres contextes. Dans une conversation, quand il n’y a personne d’autre pour remplir les blancs, je recours parfois à ma voix pour les remplir, évoquant un sujet après l’autre presque sans interruption. Ce flot de paroles* est peut-être un moyen d’autoprotection contre toute proximité affective ou intimité émotionnelle car, alors que les mots se déversent de ma bouche, je ne suis pas présente, ce qui affaiblit le lien entre mon interlocuteur et moi. Dans un cadre plus intime ou vulnérable, un discours décousu et a priori incontrôlable pourrait aussi être une manière de tenir à distance ce qui ferait mal si j’osais marquer une pause et explorer cette chose plutôt que de l’intellectualiser.
Derrière cela se cache une peur de ressentir et une peur d’être vue de près : tu n’arrêtes pas de parler mais ce qui est dit ne révèle pas ton vrai toi autant que ce qui est tu.
En même temps, il existe cette peur que mon interlocuteur ne me laissera pas m’exprimer. Donc je parle vite parce que j’essaie de suivre le rythme de mes pensées qui se bousculent et de me faire comprendre sans accaparer l’autre personne, tout en créant, maladroitement, des affinités avec elle.
Je reste la môme calme que j’étais à l’école mais, alors qu’avant le silence était pour moi un lieu sûr, un abri, il fait maintenant monter en moi une légère panique, et ce trop-plein de mots est une volonté de ressentir un sentiment d’appartenance, un triste camouflage masquant une timidité maladive toujours très présente. Cela trahit un sentiment de ne pas être assez bien. C’est probablement la raison pour laquelle les articles de mon ancien blog étaient si longs : il y avait tant à dire mais jamais tout à fait la bonne façon de dire ce qui désirait être dit.
J’aimerais tant pouvoir m’exprimer de manière éloquente, réfléchie, et confiante, ralentir, maîtriser l’art du langage corporel, retrouver une bonne posture, laisser le silence remplir l’atmosphère, laisser la gêne s’installer s’il le faut. C’est mon intention et ce sont les pensées que j’emporte à l’aube de l’été.
*Une partie de cette réflexion m’a été inspirée par ce post du 9 janvier 2026 de la psychopraticienne Julie Rogeon « Quand la parole déborde en séance… »
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À toi : à quel point es-tu à l’aise avec le silence, quand tu es seul.e chez toi ou en pleine discussion avec quelqu’un ? Comment restes-tu présent.e ? Qu’est-ce qui occupe tes pensées à l’approche de l’été ?

Cela fait écho en moi 🙏🏼
Merci pour cette petite note 👌🏼