Les deux à la fois

Les deux à la fois

Les deux à la fois 2048 2560 Surya Ohara

Il y a un peu plus d’un an, ma chatte Chibi est venue au monde. Je l’ai accueillie chez moi quand elle était une boule de poils si fragile qu’elle devait être biberonnée pendant quelque temps et je ne savais pas si elle survivrait.

J’ai aimé la voir évoluer et, en regardant ses photos, j’ai du mal à croire à quel point elle a changé ! Ses yeux bleu-gris, par exemple, tirent maintenant sur le vert olive et ont appris à regarder d’un air de défi. Mais, quand ils s’adoucissent, je revois le chaton qu’elle était.

Certaines choses sont restées presque identiques, comme sa façon de bomber le torse pour voir les choses en hauteur dans la cuisine.

En parlant de la cuisine, c’est la pièce qui me vient à l’esprit en premier, quand je pense aux nouvelles habitudes qu’a amenées le fait de partager un espace de vie avec un chat – verser de l’eau froide dans les poêles, casseroles et plats à four et les mettre sur les zones de cuisson encore chaudes pour éviter qu’elle se brûle ; faire la vaisselle sans tarder ; couvrir la nourriture qu’elle n’est pas censée manger et la mettre au frigo ; ranger les ustensiles et les couverts pointus.

Et je la préviens quand je m’apprête à utiliser le mixeur : elle est hypersensible au bruit, et aux mouvements – ses sens sont très aiguisés. Ses oreilles, ses yeux, sa queue sont tous impliqués quand elle scrute son environnement. C’est aussi principalement par son langage corporel, plutôt que par des vocalises, qu’elle communique, et j’essaie de bien comprendre les signaux.

On apprend encore à se connaître et j’aime découvrir ses dernières lubies. Tout la fascine, des lavabos et tuyaux d’évacuation, aux plantes, boutons et oiseaux, en passant par l’eau qui coule. Elle a la manie de s’emparer des élastiques du tiroir de la cuisine. Elle aime les balles, les pompons, les filtres pour évier, les rouleaux de papier collant – en bref, tout ce qui roule… et se retrouve coincé sous un meuble.

Elle adore chiffonner les carpettes de la salle de bain et se servir du tapis de yoga comme tunnel. Elle n’hésite pas à mordiller mon crayon quand je me perds dans les méandres de mes pensées. Les animaux domestiques sont des maîtres dans l’art de chambouler nos plans malicieusement, nous rappeler de prêter attention à l’ici et maintenant, et réaffecter les objets !

Les moments gênants où elle fouille dans le panier à linge et ressort en trimbalant un soutien-gorge ou une chaussette me font rire et ses zoomies aussi m’amusent.

Pourtant, parfois, je la regarde et mon cœur se serre.

Quand, à mon bureau, je regarde par-dessus mon épaule et la vois sur son arbre à chat, emportée doucement loin de ses rêveries à la fenêtre, sa frimousse encore tournée vers le ciel, mon cœur se gonfle de tendresse et de joie et je ne peux m’empêcher de me préparer mentalement à la tragédie, comme dirait la chercheuse Brené Brown, de penser à l’impermanence de tout ça.

Chibi adore les câlins au réveil et à l’heure du coucher – ma façon préférée de commencer et terminer la journée – et faire des siestes sur moi, quand je prends mon petit-déjeuner ou lis assise en tailleur ou les jambes repliées contre la poitrine.

Elle est désarmante de douceur. Par moments, elle est, cependant, l’opposé de cela : elle peut être en train de téter une couverture ou une autre chose duveteuse et, l’instant d’après, attraper sans merci une imitation de proie ou une mouche. Tantôt gracieuse, tantôt terriblement maladroite, malgré son petit gabarit, elle abrite en elle une multitude de facettes.

Perchée sur l’accoudoir ou, disons, étendue de tout son long dans la douche, elle n’est jamais très loin, et je suis si reconnaissante de sa présence. La promesse de la retrouver après une longue journée de travail elle aussi me réconforte.

Chibi et moi habitons un petit appartement sans jardin. Je la laisse monter et descendre les escaliers et explorer le couloir et elle revient devant notre porte par elle-même ou fait halte un moment et je la porte contre mon cœur, ses yeux curieux s’imprégnant du cadre où nous vivons. Elle semble apprécier sa vie et ne manquer de rien. Malgré tout, j’ai hâte qu’on emménage dans un endroit plus grand avec accès à l’extérieur pour elle, un catio, et un chien.

Un chien se joindra à nous un jour – Chibi affectionne les chiens et y est habituée – mais cette heure n’est pas encore arrivée. Mon futur chien me choisira quand ce sera le bon moment, comme Miyo et Chibi l’ont fait : ils sont entrés dans ma vie, de manière totalement imprévue, et l’ont embellie.

En attendant, j’ai la chance de pouvoir m’occuper des chiens de mes sœurs quand elles sont en déplacement.

J’ai entendu parler d’« emprunt de chiens » et de l’application Emprunte Mon Toutou pour la première fois via le livre A Year of Nothing d’Emma Gannon et comprends le pourquoi derrière ce concept : les chiens nous apportent une immense joie. Je ne peux imaginer une vie sans ces êtres merveilleux.

Quand Umi est restée chez moi pendant environ deux semaines en février, je ne m’étais pas occupée d’un chien depuis la mort de Miyo de nombreux mois avant, mais les habitudes profondément ancrées sont vite revenues – traverser les passages piétons et se frayer un chemin au milieu de l’activité grouillante de la ville avec un chien en laisse, prévoir des sacs à crottes à chaque promenade, etc. Et, même s’ils sont aux antipodes l’un de l’autre, je me suis surprise à l’appeler Miyo plus d’une fois – les vieilles habitudes ont en effet la vie dure.

Un jour, je suis tombée sur une connaissance que je n’avais pas vue depuis une éternité. On a toutes les deux perdu nos chiens et en promenait d’autres. Je la croisais souvent dans différents parcs, dans un autre quartier. Ce fut une rencontre douce-amère qui m’a rappelé que le monde est petit et que la tristesse que nos chiens nous laissent quand ils s’en vont ne disparaît jamais mais qu’on ne peut se résoudre à renoncer à eux.

J’ai gardé Umi à nouveau en avril, et Aloha et Rocco. Comment empêcher nos cœurs de fondre, quand on les voit si affamés d’amour et si généreux avec ? Comment ne pas s’attacher à tout chien avec qui on passe ne serait-ce qu’une journée ? Les chiens sont des antidépresseurs à quatre pattes. Quand ils sont là, la joie s’invite et remplit chaque coin et recoin. Quand ils partent, leur absence s’entend si fort tandis qu’elle retentit dans l’espace à présent vide.

Une autre de mes lectures d’avril était 20 ans avec mon chat de Mayumi Inaba qui m’a fait pleurer à chaudes larmes à la fin. La douleur du deuil est encore vive, et je sais que je ne peux continuer à vivre prisonnière des regrets liés à la perte de mon animal bienaimé tout en anticipant la disparition de mon animal de compagnie encore en vie.

Je suis une amoureuse des chats et des chiens. Pourquoi choisir ? Je crois qu’on peut former un lien spécial avec n’importe quel animal avec lequel on passe assez de temps. J’aime à la fois l’importance que les chats accordent au respect des limites et leur confiance durement gagnée et l’amour sans bornes des chiens et leur confiance aveugle ; la joie débordante avec laquelle nos canidés nous accueillent et le salut plus discret de nos félins se frottant délicatement contre nous. J’apprécie à la fois l’élan que les balades au saut du lit donnent à nos journées et la paix qu’apportent les jours qui avancent à pas plus lents. Les chiens et les chats sont tous deux friands de caresses, quoique différentes, tous deux nous choient et se laissent choyer et, à mes yeux, peu de choses remplissent nos cœurs d’autant de bonheur que l’amour de nos animaux de compagnie – qui demeure une fois qu’ils sont passés de l’autre côté.

La date d’anniversaire de Chibi est inconnue, mais le 15 avril est la date de naissance approximative inscrite dans son carnet de vaccination – la même que Miyo. Il aurait eu treize ans cette année. Miyo m’a rendu visite dans un rêve cette nuit-là, comme il l’a fait à d’autres moments-clés. Le premier rêve de visite agréable n’est arrivé que quand j’ai commencé à me pardonner pour avoir si souvent eu la tête ailleurs quand il était auprès de moi et puis pour l’avoir laissé partir… Je ressens encore très fort sa présence à travers les signes clairs qu’il m’envoie, les instants de sérénité ou les éclairs d’intuition.

Le 15 avril est aussi le jour où le chien de ma sœur, le cher ami de Miyo, Rocco, s’est éteint. Cette date en est donc venue à marquer un triple anniversaire. Rien n’a autant incarné la dualité de la vie, sa capacité à être deux choses à la fois, sa beauté et l’écrasant chagrin qu’elle peut apporter, que la mi-avril.

Avril est aussi le mois d’anniversaire de ma mère et de ma sœur ainée. Heureusement, je fais partie des chanceux pour qui les rassemblements avec la famille proche apportent, plutôt qu’un sentiment d’angoisse, du baume au cœur.

Ce mois nous a fait tenir dans le creux de nos paumes deuil, tristesse, joie, gratitude, tout à la fois.

Avec mon propre anniversaire le mois prochain et les vingt-cinq ans du décès de mon père, mai, aussi, promet d’être plein d’émotions et de pensées embrouillées – à l’image de la vie.

Comment était ton mois d’avril ? Préfères-tu les chiens ou les chats, les deux ou aucun des deux ? Y a-t-il une date qui, pour toi, marque un double anniversaire, ou même de multiples anniversaires, qui suscite des émotions conflictuelles qui existent toutes dans le même souffle ?

La mignonnerie des animaux © 2026 Surya Ohara

6 commentaires
  • J’aime tous les êtres au contact desquels je me sens bien: chiens, chats, chevaux et j’en passe 🥰 mais j’avoue que je ne vois pas la vie sans un chien à mes côtés 🥲

    • Je veux bien le croire 🥰❤ les chevaux mériteraient leur propre post – je ne les connais pas encore bien mais je ne demande que ça 😊 les animaux en général rendent le monde plus beau, plus vivable (❁´◡`❁) merci beaucoup pour ton commentaire

  • Quelle belle photo, qui accompagne un joli texte. Pourquoi choisir en effet? La vie nous montre l’exemple, en contraste toujours, nous poussant à lâcher prise, encore et encore.

  • Je ne connaissais pas l’anecdote pour “Umiyo”… c’est proche en effet! Moi j’aime les chiens mais ne plus avoir de chat manque à ma vie. Les deux s’opposent et se complètent en même temps. Et j’adore voir Umi et Chibi ensemble !

    • Ils ont un surnom en commun, Mimi, c’est peut-être pour ça 😔 Oui, c’est bien exprimé : les deux s’opposent et se complètent en même temps 😃 j’espère que tu auras un jour à nouveau un chat dans ta vie. Umi s’entendrait si bien avec ! Elle et Chibi sont les meilleures ennemies du monde et sont à chaque fois contentes de se revoir et de pouvoir jouer ensemble 😄╰(*°▽°*)╯

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