Trouver le courage de recommencer

Trouver le courage de recommencer

Trouver le courage de recommencer 1536 2048 Surya Ohara

Depuis mon dernier article de blog, j’ai commencé à étudier et à suivre des cours de conduite dans l’espoir d’obtenir bientôt mon permis B, je suis allée nager plusieurs fois, j’ai couru 10km et 8km, décidé de réapprendre à rouler à vélo – des efforts que j’avais abandonnés quelque part en cours de route il y a une éternité.

Quelqu’un m’a demandé : pourquoi maintenant et pourquoi des choses qui ont toutes trait au mouvement ? Peut-être que cela a quelque chose à voir avec le fait d’être une femme qui vient de fêter ses 35 ans et d’entendre beaucoup parler de périménopause et de l’importance de prendre bien mieux soin de son cerveau et de son corps. De plus, ces choses n’ont que trop tardé et je me sens ridicule de redevenir une débutante mais me suis dit que ce serait pire si je les postposais encore à l’année suivante.

Derrière la poursuite de chaque objectif il y a une raison et, si l’on puise au fond de soi-même, on en trouve souvent plus qu’une. En ce qui concerne le vélo, par exemple, j’en ai fait quand j’étais enfant mais jamais dans le trafic et je veux me sentir à l’aise à bicyclette pour pouvoir me rendre au travail à vélo et ne plus passer à côté d’autant d’opportunités : j’ai récemment renoncé à un voyage dans le sud de la France parce qu’il comportait une balade à vélo d’une journée. J’ai pensé aux autres façons dont je rétrécis ma vie à cause de la peur – j’écris au présent car la peur continue de prendre de la place.

Dans la mini-série Unbelievable, au milieu de tous les abus et du gaslighting dont elle est victime, Marie trouve quelque chose auquel se raccrocher. Ma scène préférée, c’est quand elle va à la plage et laisse ses empreintes de pas sur le sable mouillé, s’écarte pour laisser les vagues les submerger, puis recommence ce petit jeu – juste elle, les vagues et la paisible mer. Cette scène m’émeut profondément car c’est sa façon de recréer ce moment lointain où elle se sentait heureuse, de récupérer l’insouciance qu’on lui a volée. Son permis et sa voiture sont une porte ouverte sur un sentiment de liberté et d’indépendance, une expiration tant attendue. Nous avons tous nos raisons.

Si je puise encore plus au fond, je réalise qu’il y a peut-être encore autre chose derrière cette énergie soudaine. Et si c’était une excuse pour disparaître temporairement du monde, pour laisser la vie stagner ? Ces activités donnent l’illusion que les choses progressent mais ce n’est pas le cas, pas quand il s’agit « des grandes choses ». Plein de gens autour de moi font d’énormes pas (une interview à la télévision nationale, un énième voyage vers une destination paradisiaque, une maison toute neuve pour y accueillir un bébé, une nouvelle idylle qui s’épanouit…) et je suis si contente pour eux : je n’ai jamais trop compris le concept de Schadenfreude, l’idée de se réjouir du malheur des autres, parce que mon bonheur s’amplifie quand les personnes qui m’entourent se portent bien et diminue quand elles vont mal. Et pourtant nous comparer à ceux qui s’en sortent mieux que nous, nous renvoie à ce fameux sentiment de manque : le grand amour, le bonheur, le destin… nous paraissent tellement hors de portée dans ces moments-là.

L’autre jour j’ai revu un long métrage qui m’est cher : le film d’animation en pâte à modeler tragicomique Mary and Max. Au début du film, les deux personnages principaux regardent les Noblets en même temps, dans des villes séparées par plus de 16.000km. En plus de leurs centres d’intérêts communs un peu ringards, c’est leur solitude, leur maladresse sociale, leur mélange de confusion et de perplexité face au monde, qui les fait nouer des liens et construire une amitié qui s’étendra sur plus de deux décennies.

Après une autre interaction douloureusement embarrassante avec son béguin Damian, Mary fond en larmes seule dans sa chambre et, comme par réflexe, prend son miroir pour regarder son front : sa tâche de naissance, ce défaut qu’elle a détesté pendant si longtemps, est bien partie. Pourquoi, alors, n’est-elle toujours pas chanceuse en amour ? Elle se l’est fait retirer, a arboré un nouveau style, a fait semblant d’avoir confiance en elle, a essayé de se démarquer, comme pour dire, et maintenant : Suis-je enfin aimable ? Es-tu prêt à m’aimer ? Elle n’arrive toujours pas à faire en sorte que Damian la choisisse et l’aime et écrit à Max « l’amour n’est de toute évidence pas fait pour moi ».

Les choses finissent par fonctionner pour Mary… jusqu’à ce qu’elles ne fonctionnent plus. Elle tombe des plus hauts sommets et se retrouve au fond du gouffre, sombrant dans la dépression et le dégoût d’elle-même, engourdissant ses émotions avec du vin pour la cuisine et des tas de nouilles instantanées. Je n’en dirai pas plus – j’espère que tu découvriras par toi-même comment l’intrigue se développe et se termine – mais c’est un beau film qui explore des thèmes sérieux avec beaucoup d’humour.

Ce que j’aime particulièrement, ce sont les chemins des protagonistes vers plus d’autocompassion et comment leur amitié débute, par un acte simple et courageux : Mary place son doigt sur un nom au hasard dans l’annuaire téléphonique – on est en 1976 – et écrit à une autre âme blessée. Et ses mots ne se perdent pas : Max les entend vraiment.

Le monde est ravagé par les guerres, le changement climatique et les incendies, se remplit de pertes et de souffrance… mais parmi tout cela le merveilleux a la manie de continuer de se faufiler. Le 12 août dernier, le soleil et la lune se sont donnés rendez-vous et bon nombre d’entre nous ont été témoins de cette rencontre céleste exceptionnelle. De là où je vis, l’éclipse a couvert près de 90% du soleil. J’ai de la chance d’avoir vu deux éclipses solaires importantes dans ma vie – la première en 1999.

La plupart du temps, les petites éclaboussures de couleurs dans ma vie ne sont pas impressionnantes. Elles sont, au contraire, minuscules – une manucure faite par ma sœur, moins de tasses bues durant une séance de natation ou moins d’essoufflement après une longueur ou un dos crawlé mieux réussi… – mais ce sont, malgré tout, des occasions de se réjouir.

J’ai hâte de faire plus de place dans mon calendrier et dans ma vie. Je veux mener à bien mes projets mais je réalise que le fait d’être débordés peut nous servir d’armure pour nous protéger contre la vie-même, si l’on n’y prend garde. Rester actif, faire quelque chose d’utile, travailler pour décrocher une licence ou un certificat… est souvent plus acceptable en société qu’un vague « je travaille sur moi ». L’accroche-porte métaphorique Ne Pas Déranger est dans ces cas-là efficace : on nous laisse tranquille. Un jour, cependant, j’en ai conscience, je devrai l’enlever, oser faire l’équivalent de pointer du doigt un nom dans l’annuaire et essayer, à nouveau, de faire partie de ce monde.

L’éclipse solaire du 12 août 2026. Photo prise par ma soeur Nirana Ohara

6 commentaires
  • ❤️‍🩹🙏🏼🫶🏼

  • Trouver le courage de recommencer ou juste de commencer parfois. Commencer nous pousse à avancer, à rester en mouvement, et je trouve cela remarquable de ta part d’avoir ouvert tant de nouvelles portes cet été (même si c’est souvent difficile et fatigant).
    « Commence par faire le nécessaire, puis fais ce qu’il est possible de faire et tu réaliseras l’impossible sans t’en apercevoir »

    • Au départ j’avais intitulé l’article ‘Trouver le courage de (re)commencer’ 😃 les deux en demandent et sont importants 🙏 Merci beaucoup pour ton commentaire encourageant et pour la jolie citation ❤

  • Quel courage que celui de partager où on en est 💞

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